Je n’avais jamais fait de surf auparavant, à l’esprit j’avais un film des années 90: Point Break avec Patrick Swayze et Keanu Reeves. En 2015, sur les conseils d’une amie russe et casse-cou, je m’inscris en camp de surf à Esmoriz dans la banlieue de Porto, où elle avait été et avait eu une superbe expérience…

Personne dans mon entourage ne faisait du surf. Durant mes voyages je rencontrais des surfeurs, tous les mêmes: des hommes sportifs, souvent blond, les cheveux longs vivant dans un camion et voyageant au grès des vagues et des intempéries. Il y avait peu de femmes, Surtout il n’y avait pas de personnes noires. Je constatais que les noirs ne surfaient pas!

Contrairement à mon amie, ma première expérience n’a pas été la meilleure…

La mer dans le nord du Portugal a des forts courants, les vagues sont violentes par endroit, si on a pas l’habitude ça peut en effrayer plus d’un, l’eau est très froide… donc j’ai beaucoup hésité à entrer dans l’eau. De plus, Sandro le moniteur était très impatient et mal poli ce qui m’a de suite braquée…

Il m’aura fallu deux ans pour que je tente encore une fois expérience…Durant cette période, une autre amie d’origine africaine s’était mise au surf aussi. Elle vivait des expériences extraordinaires au Maroc et à Bali… Elle me faisait rêver avec ses histoires et me redonnait l’envie d’essayer encore.

Grace à une réservation raté à Esmoriz, j’ai trouvé Surfivor Surf Camp à Porto. J’avais beaucoup d’appréhension mais de suite Bruno m’a mis a l’aise. Bruno et Albert (le seconde moniteur) me disent que ça va aller, on est tous capable de surfer, certains sont plus lents que d’autre et ça ce n’est pas la mer à boire. Ça m’apaise et ça me fait les aimer de suite!

A cause de ma taille et mon poids, la planche que l’on me donne est longue de 2,80m et fait 55cm de large au milieu, elle est très lourde. La porter est une galère pas possible. Puis il faut aller dans l’eau, à contre courant avec les vagues qui s’éclatent contre mes jambes ou contre ma poitrine. Il faut se hisser sur la planche. Je fais ça des dizaine de fois avant de pouvoir me positionner dessus. A tout ça se mêle aussi les courbatures partout sur le corps, le poids de la planche et les vagues qui se fracassent dessus font que j’ai aussi tout le temps mal aux mains. J’essaie de prendre des vagues mais c’est dur et je me fatigue vite. L’eau est froide, il y a beaucoup de gens autour de moi, j’ai peur de tomber et de me faire mal ou que quelqu’un me rentre dedans.

Mon premier jour est un échec tout comme le deuxième et le troisième. Le sixième jour est là. je suis déterminée. Je mets ma combinaison, je fais mes échauffements et je me mets à l’eau. Je vais contre les vagues, mon corps tout entier me fait mal mais de voir des petits de 8-10 ans y aller sans se poser de question me motive encore plus à en prendre au moins une.

Chaque fois que je surfe la vague, j’ai des frissons partout, jusqu’au cheveux. C’est un état de grâce où je ne suis que dans le présent et je savoure cet instant trop court à mon gout. Cette euphorie est si forte, elle me fait vole l’âme en éclat, ça y est je suis accro!

En cherchant mes prochaines vacances de surf, j’ai découvert que même si en compétition le sport était dominés par les hommes blancs, partout dans le monde des gens de toutes couleurs et toutes corpulences surfaient. Il suffit de faire une recherche Google pour le voir. J’ai même trouvé un documentaire “whitewash” de Ted Woods sur la communauté afro américaine et le surf. Une révélation!

Donc, Oui, les noirs surfent! Il y en a eu les rebels comme Nick Gabaldon (afro Américain qui défia les lois de la ségrégation pour surfer en Californie) et les autres plus ou moins doués qui persistent. Il est bon de rappeler aussi que le surf est un sport qui vient de la Polynésie et que Duke Kahanamoku (natif de Hawaï) est celui qui en a fait cadeau au reste du monde, donc le cliché de l’américain/australien blond né avec une planche aux pieds n’est donc que ça, une image qui n’est pas la réalité.

Tous comme les clichés sur les noirs : on ne sait pas nager, ni skier il paraît… Mes amis et moi même sommes la preuve que nous savons faire ces choses-là.

Donc en plus de vivre mes petites aventures, casser ces clichés menteurs est une motivation supplémentaire pour continuer à faire ce que je fais.