Jean d’Ormesson aura marqué la scène littéraire mais aussi médiatique française. Sa mort a particulièrement ému le pays entier le 7 décembre dernier. C’est un homme qui laissé un riche héritage littéraire derrière lui. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages allant de l’Histoire aux essais philosophiques où il partage ses réflexions sur la vie, la mort ou l’existence de Dieu comme avec Je dirai malgré tout que cette vie fut belle. Il devient membre de l’Académie française en 1973.

Jean d'Ormesson

Source : http://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/jean-d-ormesson-mort-5-anecdotes-meconnues-7791263668

LE PREMIER PRIX JEAN D’ORMESSON

Ainsi, c’est pour honorer cet homme de Lettres que sa fille Héloïse d’Ormesson a annoncé en mars dernier la création d’un nouveau prix littéraire sobrement nommé « Prix d’Ormessson ». Comme elle le dit elle-même, c’est « un prix qui célèbre les livres, la grande affaire de sa vie ». Françoise d’Ormesson, l’épouse du romancier disparu, préside le jury, qui se compose de onze autres personnes dont cinq académiciens (Dominique Bona, Marc Fumaroli, Dany Laferrière, Erik Orsenna et Jean-Marie Rouart).

Le premier prix d’Ormesson a été décerné le 6 juin à Jacques-Stephen Alexis pour son ouvrage L’espace d’un cillement (Gallimard/L’imaginaire). C’était un militant communiste haïtien, par ailleurs médecin-neurologue formé en France mais aussi un journaliste. Pionné de la littérature haïtienne, sa mort en 1962 reste entourée d’un grand mystère, notamment à cause de ses prises de position politique contre la dictature de Duvallier en Haïti dans les années 70. Son premier roman, Compère Général Soleil fut publié en 1955 chez Gallimard. De plus, l’homme était un proche de l’écrivain Louis Aragon, qui était un des auteurs préférés de Jean d’Ormesson, mais aussi d’Aimé Césaire, écrivain et homme politique français qui à révolutionné la littérature africaine avec Léopold Senghor.

Source : https://www.babelio.com/auteur/Jacques-Stephen-Alexis/176035

L’AMOUR AU SERVICE DE LA DÉNONCIATION

« L’espace d’un cillement », paru en 1959, narre l’histoire d’amour entre Niña Estrellita, prostituée cubaine convoitée par les soldats américains et El Caucho, militant syndicaliste, défenseur des opprimés, qui aimerait sortir Niña de la prostitution. Ce roman d’amour se déroule durant la Semaine Sainte, dans un bordel, et le carnaval des Raras à Port-au-Prince. Ainsi le livre se découpe en sept chapitres dont le premier se lit au rythme des cinq sens (la vue, l’odorat, l’ouïe, le goût et le toucher).

C’est un chef d’œuvre du « réalisme merveilleux », genre littéraire lancé par le Cubain Alejo Carpentier, dans lequel la représentation du réel est fortement teintée par le merveilleux. C’est à dire qu’au-delà d’une histoire d’amour, sensuel et sensoriel, c’est une véritable ode à sa terre natale, à ses odeurs, sa musique, sa soif de vivre sans pour autant l’idéaliser. L’homme voulait dépeindre le réalisme social tout en l’imprégnant des caractéristiques exotiques de son pays. Ce roman à l’allure de poème était paraît-il le premier d’une tétralogie, où la fuite les thèmes de la fuite devant les responsabilités, le refus et l’acceptation devait être abordés dans les œuvres suivantes.

Dans la préface écrite en 1983, sa fille Florence Alexis dit : « Chez nous, l’élite intellectuelle « la mal nommée » a passé sous silence ce livre-merveille qui dérange les convenances littéraires, le code social, l’ordonnance figé (mort), la pudibonderie ambiante en dépit de la verdeur assassine du langage… ». Finalement, si selon elle, ce livre n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait, c’est maintenant chose faîte.

Marina Ada Ondo – Contributrice