Mon histoire avec l’Afrique commence par des odeurs et un rêve. Celui que je ressentais enfant quand mes grands parents rentraient de Pointe Noire au Congo (Brazza) lors des vacances. Mon grand père travaillait à construire la ligne de chemin de fer qui rallie aujourd’hui encore (péniblement), Pointe Noire et Brazzaville. Quand ils rentraient, les photos, les odeurs, leurs paroles, tout évoquait un continent que j’ignorais encore enfant… Mon père suivit leur pas, travaillant pour l’administration française à l’étranger, il vécut au Congo (ex Zaïre) au moment de la chute de Mobutu, au Tchad lors de moment troubles, en République Centrafricaine lors de la chute de Bokassa, en Côte d’Ivoire au moment de la chute d’Houphouët Boigny. J’ai vécu ses pérégrinations de prés et de loin, et malgré l’actualité, j’étais attiré par cet ailleurs où tout devenait toujours possible. Je décide de le rejoindre en 1988, alors qu’il arrive en Algérie… un mois plus tard, ce seront les évènements d’octobre 2008, ma première (et unique) révolution… passionnant que de vivre avec tout un peuple, l’ivresse de la liberté retrouvée. Je quitterai l’Algérie après la guerre du Golfe et à la veille des heures troubles qui débutèrent en 1992 ; mon dernier regard sur Alger sera celui des chars qui bordent l’autoroute vers l’aéroport…

 Diplôme d’histoire en poche et libéré des obligations militaires (alors obligatoires), je décide de rejoindre mon oncle qui vit depuis 20 ans en Afrique du Sud. Nous sommes en 1995, Nelson Mandela est élu président depuis moins d’un an, la coupe du monde de rugby remportée, je décide de tenter l’aventure et de rejoindre Mandela que j’avais croisé à Alger lors de son premier voyage officiel après sa libération. Le lendemain de mon arrivée, je me retrouve à un concert géant avec Johnny Clegg, Tracy Chapman et l’arrivée surprise de Mandela. Me voilà en Afrique du Sud pour une autre vie africaine. C’est là, que je plonge dans un milieu alors inconnu, celui du voyage. Je resterai 3 ans en Afrique du Sud, alors à ses débuts dans le tourisme, et je travaillerai aussi au développement d’autres destinations alentours telles que la Namibie, le Botswana et le Zimbabwe.

Depuis, d’autres découvertes n’ont fait que faire grandir ma passion pour le continent africain. De l’Ethiopie au Sénégal, de Madagascar à la Tanzanie, du Kenya au Rwanda, je suis aujourd’hui en charge du département Afrique Sub Saharienne chez Voyageurs du Monde, mon métier est donc aujourd’hui de faire voyager les gens, en individuel, partout où l’Afrique peut les recevoir dans de belles conditions et partout où ils pourront vivre de belles expériences de vie. J’ai parallèlement développé une histoire avec l’art en Afrique qui m’est toute personnelle et que je partage, au début en tout cas, avec bien des français d’Afrique… Les objets d’Afrique ont toujours fait partie de mon environnement et de mon décors et de celui des miens. Des objets souvent de piètre qualité et qui s’apparentent plus à de l’artisanat qu’à de l’art. Le travail du bois d’ébène ou du bois rouge du Congo et son odeur unique m’a toujours attiré même si aujourd’hui je suis incapable d’éprouver le besoin d’en acheter.

 Ma rencontre avec l’art africain, des artistes et photographes a eu lieu bien plus tard quand ma vie professionnelle dédiée au voyage me permit de côtoyer et de rencontrer quelques artistes. Ce furent évidemment beaucoup de photographes tels que Raymond Depardon qui illustra notre brochure Afrique il y a quelques années avec cependant un regard assez sombre, trop désabusé pour moi sur le continent. Ce fut aussi Pierrot Men, ce grand photographe malgache, illustrateur de génie de la beauté et de l’élégance de son pays selon moi, de sa nonchalance aussi. Puis ce furent des histoires d’artisans quand je m’occupais de la boutique d’artisanat de Voyageurs (aujourd’hui fermée), avec des artisans, de vrais artistes de Golfe de Guinée, du Cameroun ou du Congo. J’adore la créativité et l’énergie du Congo (les deux mais principalement le Kinshasa) avec des travaux artistiques magiques. J’ai eus quelques émotions vives en Ethiopie dans la galerie George que je n’arrive pas à oublier ou avec un peintre kenyan de grand talent que je n’ai plus retrouvé (car son nom a quitté ma mémoire).

 Ce fut aussi l’Afrique du Sud, non pour ses traditions artisanales, assez médiocres disons le, mais pour le souffle contemporain qui anime ses artistes. Ils suffit de visiter le WAM (Witwatersrand Art Museum) de Johannesburg ou Arts on Main dans cette même ville pour mesurer toute l’énergie qui émane du continent. Je fus en contact avec certains de ces artistes, parfois avant gardiste, car j’ai l’honneur de m’occuper encore aujourd’hui de la Satyagraha House (maison de Gandhi) à Johannesburg, particulièrement connectée à toute la modernité de cette ville, malgré le regard qu’elle pose sur le passé. Cela m’a permis de rencontrer historiens, muséologues mais aussi artistes de tout le pays. Aujourd’hui encore, le souffle contemporain qui souffle sur l’Afrique m’épate et me fait penser que l’avenir peut être radieux à condition de donner un peu de lumière sur ce continent. Parmi tous ces artistes, je suis toujours saisi par la violence et la fureur esthétique des œuvres de William Kentridge dont je garde secrètement l’une des ses lithographies dans mon salon.

 Je terminerai enfin sur la musique ; je ne suis pas (enfin plus maintenant) un grand fan de reggae africain notamment de Côte d’Ivoire ou même d’Ethiopie. Je suis par contre, l’âge aidant un fan absolu dès qu’il y a de la Kora ou du balafon, pour moi du Sénégal au Niger, il n’y a que des génies de la musique… comme toute personne ne pratiquant pas la musique, les musiciens me fascinent et évidemment le rythme des percussions me transportent, même si je reste un « blanc » et que les danses ne me va pas mieux que les costumes de sapeurs… un vrai regret aussi J… Les danses zoulous me fascinent, je les trouvent puissantes comme de nombreuses danses traditionnelles ; notamment lors des cérémonies en Afrique de l’Ouest, au Burkina notamment ou même en Ethiopie. J’aime aussi Cesaria Evora, Myriam Makeba ou quelques grands chanteurs swahilis, principalement du côté de Zanzibar, que l’on peut encore rencontrer. Je suis aussi un fan inconditionnel de Johnny Clegg que j’ai eu la chance de rencontrer aussi et dont les chansons ont servi de bande son à mon adolescence.

 

Ce que j’aime en Afrique quand on parle d’art, c’est que dès que l’on entame le sujet, on se rend compte de sa profondeur, de sa variété, de la multitude culturelle de ce continent. Cela me plaît et me conforte dans cette idée qu’une Afrique n’existe pas, mais que c’est un monde bien plus riche et complexe qu’il n’y paraît de l’extérieur… le monde le saura vite… pour son plus grand bien et celui de l’Afrique aussi. Je suis heureux qu’un site tel que Little Africa offre une image contemporaine, riche, loin d’être linéaire de l’art africain… sans être élitiste, l’art africain, comme l’Afrique elle-même, est riche et ne peut être réduit à quelques idées reçues.

Fabrice Dabouineau, Directeur Afrique chez Voyageurs du Monde
Retrouvez Fabrice Dabouineau sur son blog www.monafriquedusud.com