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Dj et producteur Sud-Africain, Mo Laudi a joué un rôle majeur dans la promotion de l’Afro House en Europe. En plus de collaborer avec les meilleurs, Diplo et Mehri Makeba pour ne citer qu’eux, il a marqué son empreinte à Londres et à Paris à travers des soirées hebdomadaires et avec son label Globalisto. A l’occasion de la sortie de son EP « Jozi Acid » le 1er septembre, Little Africa va à la rencontre de Mo Laudi, le pionner de l’Afro House à Paris.

 

Bonjour Mo Laudi. Comment vas-tu ?

Tout va bien. Je profite de la fin de l’été.

Peux-tu nous parler de ton parcours ? Comment t’es-tu lancé dans l’industrie musicale ?

La musique a toujours fait partie de ma vie. Ma mère prenait des cours de violon et donnait des cours de chant pendant qu’elle me portait dans le ventre. Mon père était dans le mbaqanga, la soul, le blues et le reggae. Ils avaient une chorale appelée « The Seshego Choral Society ». Mon oncle, quant à lui, était dans le jazz. Il avait l’habitude de s’occuper de nous lorsque mes parents étaient absents. Il surnommait mon frère et moi « Duke Ellington et Johnny Hodges ». A gauche de notre maison, il y’avait un sheebeen. Les derniers hits y résonnaient sans cesse. A l’opposé, il y’avait ces messieurs qui pratiquaient la danse pantsula tous les vendredis. A droite, il y’avait la maison de Judith Sephuma qui avait l’habitude de chanter dans le groupe de Brenda Fassie, puis elle a lancé sa carrière solo.

Dans un premier temps, j’ai commencé à écrire des paroles en copiant d’autres musiques avec mon frère. Mon frère avait des livres de paroles issus de la musique pop. Plus tard est née la musique house, et j’ai commencé à faire de la collection musicale à mon tour. Quand j’allais en soirées, je me suis rendu compte que j’avais plus de musiques que les autres personnes. Les gens finissaient par danser sur ma musique.
Ensuite, je suis mis à mixer et rapper en soirées plus sérieusement. Ainsi, je cherchais des endroits plus grands et plus appropriés pour faire mes soirées, jusqu’à ce que je trouve une boîte de nuit locale. Elle était dans un état catastrophique. J’ai demandé au propriétaire si on pouvait repeindre la boîte et la rendre plus cool avec du street-art, des graffitis et il a accepté. C’était un succès et je suis devenu le manager de la boîte de nuit peu de temps après.
Après un moment, j’avais besoin de changement donc j’ai quitté ce travail pour faire des études de publicité, puis d’ingénierie du son. Par la suite, j’ai déménagé à Londres afin d’y organiser mes propres soirées que j’ai nommées « The Joburg Projet ». J’ai rencontré les Radioclit qui organisaient la Secousse Party à Londres, les ai rejoint pour la  Very Best, et on a fait une tournée mondiale.

J’ai déménagé à Paris où j’ai créé mes soirée Globalisto et Globalisto est maintenant un label qui a sorti 3 EP jusqu’à présent.

Quelles sont tes influences et inspirations ?

Mes influences évoluent toujours mais proviennent principalement de la musique de mon enfance dans les rues d’Afrique du Sud, ma famille et mes amis. Etant enfant, j’adorais la musique traditionnelle Sud-Africaine comme Dinaka, l’afro pop, et la musique populaire occidentale. Maintenant, je fais des soirées dans différents pays, je vais à des expositions, au cinéma, m’informe sur l’actualité politique. Il est dur d’éviter la politique même en essayant.
La politique fait partie intégrante de mon travail. De prime à bord, ma musique peut sembler être la nouvelle génération de la house et l’électro, mais si vous allez plus loin, vous vous rendez compte des rythmes anciens exquis et uniques qui sont intrinsèques à ma culture. J’ai toujours eu ce sentiment que le monde ne connaît pas assez nos sonorités. Quand je me suis installé à Londres, j’ai ressenti le besoin de partager mon point de vue, ma vision qui est une revendication politique qui vise à être fiers de ses racines, même après avoir souffert de l’apartheid. Avec cela, tu ne peux qu’en sortir plus fort. Cette résilience de mon peuple m’a paru très inspirante. Nous vivons des périodes très étranges, donc j’aimerais donner de l’énergie positive dans chaque espace que j’occupe.

 

Après la ségrégation musicale qui a eu lieu en Afrique du Sud, peux-tu nous en dire un peu plus sur la nouvelle scène musicale Sud-Africaine ?

Tout était très ségrégé en Afrique du Sud. J’étais assez surpris lorsque j’ai regardé « Searching for Sugar Man ». Je connaissais la musique de Rodriguez mais je n’étais pas au courant de son influence sur les Sud-Africains blancs parce que les radios et la culture étaient ségrégés. La scène Sud-Africaine a toujours influencé le monde sans que les gens ne s’en rendent compte de cela. Il y’a le style musical Mbaquanga que pratiquaient les Boyoyo Boys dont Malcom Maclaren s’est inspiré pour créer un des plus grands hits : Double Dutch. Paul Simon a sorti Graceland et même les anciennes musiques sud-africains se sont inspiré de la Champeta colombienne et vous pouvez entendre les influences au reggaeton moderne.
Maintenant, il y’a beaucoup de genres musicaux comme le Shangaan electro, Pretoria House, Durban house, nu kwaito. Chaque partie de l’Afrique du Sud a son propre style musical influencé par chaque langue, et la musique traditionnelle de chaque tribu. Les Sud-Africains font ce que leurs arrières arrières grands parents et ancêtres faisaient avec les tambours mais ils le font avec des ordinateurs dotés de nouveaux logiciels musicaux.

Tu es arrivé en Europe en 2000. Pourquoi avoir choisi d’emmener l’Afro-House en Europe ? Pourquoi Paris spécifiquement?

J’étais très motivé quand je suis arrivé en Europe. Je me sentais comme Christophe Colomb ou Jan Van Riebeck : un jeune sud-africain amenant de nouvelles sonorités en Europe. Je me demandais comment cela se fait qu’on joue autant de musique occidentale mais les occidentaux connaissent très peu notre musique à nous, comment cela se fait qu’on n’entend pas notre musque à l’étranger. Donc je me suis donc mis au défi de créer mon club hebdomadaire, créer mes propres soirées jouant de l’Afro-House, de la musique Afro electronic. Personne ne faisait cela de façon professionnelle et à plein temps avant moi. Je voulais galvaniser et unir la communauté.
Je voulais manger et payer mon loyer donc j’ai dû mixer tous les jours de la semaine. Je jouais de la house, afro house, kwaito. J’étais très éclectique et avec mes soirées, je voulais montrer que notre musique est aussi importante que toute autre musique. Je voulais que notre musique passe à la radio.

Qu’est-ce-qui  t’a motivé à créer ton propre label « Globalisto » ? Qu’est-ce-qu’il représente pour toi ?

J’aime l’idée de la propriété noire. C’est formidable quand on est autosuffisant. J’aime le fait qu’un Sud-Africain noir aille dans différents pays diffuser et promouvoir ses racines.

Après avoir créé la première soirée Afro-House hebdomadaire à Londres et à Paris, le festival Sharp Sharp Johannesburg à La Gaîté Lyrique était une super opportunité. C’était l’année où la France et l’Afrique du Sud étaient en collaboration, donc il y’avait beaucoup d’argent provenant de l’état. Ce festival nous a permis de promouvoir notre culture à plus grande échelle avec des affiches dans les rues de Paris, de la publicité dans les médias, etc. Il y’avait 50 artistes. C’était immense, le plus grand festival sud-africain en France. J’étais anxieux mais avec l’aide de tous les partenaires, tout s’est bien déroulé. Suite à cela, j’ai réfléchi à l’idée d’avoir des artistes africains qui viennent jouer en France. Tous les jours, les Dj Sud-Africains me demandaient d’organiser leur venue à Paris, mais si personne ne les connait, c’est difficile de remplir les salles. Je voulais aider ces artistes à sortir leur musique et la promouvoir convenablement et ensuite d’organiser leur tournée. C’est de là qu’est né le label.

Jozi Acid

Parles nous de ton EP « Jozi Acid » qui sort ce 1er septembre.

Il fut un temps où je faisais partie d’un groupe de punk et étais en tournée au Royaume-Uni pendant un mois. Un jour durant cette tournée, j’ai fait la rencontre d’un homme qui m’a dit qu’il voulait se suicider et que notre musique lui a sauvé la vie, notre musique l’a aidé à traverser la mort de son père. Depuis ce jour, je me suis rendu compte du pouvoir de la musique. Selon moi, la musique doit avoir un sens.

Quand j’ai créé Jozi Acid, j’étais au plus bas. J’ai utilisé ces sentiments comme essence pour produire ma musique. Je voulais être audacieux et exprimer comment je capturais ces émotions et les transforment en de la joie dans un monde qui peut être parsemé de difficultés et d’obscurité. Je veux atteindre le cœur des gens et partager avec eux une histoire d’espoir, mon message d’espoir. Je veux que les gens flirtent, dansent et fassent l’amour sur ma musique.

« Jozi » (surnom de Johannesburg) est la capitale de l’Afrique du Sud, et « Acid » défini à la fois la drogue et un genre musical: ils  représentent là où je veux emmener ceux qui écoutent ma musique. « Quand ils écoutent ma musique, je veux que les gens expérimentent une drogue musicale ». Dans Jozi Acid, les chansons proviennent d’un lieu de tristesse et tourment mais tout comme l’histoire de l’Afrique du Sud, nous trouvons l’émancipation. J’essaie de capturer ce sentiment de liberté à travers la musique, le rythme de la musique permet de s’élever contre la tristesse. Les rythmes sont originaires de l’Afrique du Sud et les mélodies proviennent de mes voyages. J’utilise ce cocktail pour créer de nouvelles cultures, en espérant que ceux qui le consomment atteindront un degré d’euphorie.

En termes de production, j’essaie de créer un nouveau style musical avec Jozi Acid. Je fusionne le coupé décalé, la deep, la Chicago house, la techno africaine et la music pop. Ça peut sonner comme de la pop ou de la house, mais le secret est dans les rythmes. Le monde est en plein changement et beaucoup de personnes s’inspirent de l’Afrique. Il est primordial que l’histoire de l’Afrique soit racontée par les Africains eux-mêmes au lieu des Européens comme ça a été le cas pendant longtemps. Jozi Acid a pour but de changer ce récit.

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Anne-Carole Dacoury-Tabley – Contributrice Little Africa