Le Louvre devrait recueillir certains chefs d’œuvres exotiques dont l’aspect n’est pas moins esthétique que celui de nos beaux spécimens de la statuaire occidentale 

C’est ainsi que s’exprimait le poète Guillaume Apollinaire en 1909. Son vœux fut exaucé en l’an 2000 puisque les l’Arts d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique sont entrés au Louvre et depuis 2007 ils ont désormais une demeure fixe dans un lieu d’une immense beauté : le Musée du Quai Branly. L’Art tribal Africain a ceci de particulier que ses artistes restent méconnus. C’est un art anonyme où l’artiste demeure dans l’ombre, n’ayant apporté aucune signature à ses œuvres. Un élément de plus qui suffit à les rendre si mystérieux.

UNE PATINE EXCEPTIONNELLE

La nouvelle exposition du Quai Branly « Les Maîtres de la Sculpture, Côte d’Ivoire » nous invite à parcourir ces artistes anonymes. Classés en différentes familles aux noms aussi intrigants qu’évocateurs les « Maîtres des beaux seins » ou en encore les « Maîtres des Nez Triangulaires », les « Maîtres des dos cambrés » (…), cette exposition sculpte notre visage d’un sourire malicieux. D’abord, subjugué par la majestuosité de chaque objet, on est ébloui par leur patine exceptionnelle. Il faut dire que les musées qui ont prêtés quelques objets pour cette exposition sont parmi les plus prestigieux dans le domaine de l’art tribal africain : Musée Rietberg de Zurich, Musée Barbier-Mueller de Genève. Le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire fait également parti des donateurs.
Cette exposition met à l’honneur à la fois les grands sculpteurs connus et inconnus, et les grandes régions artistiques de la Côte d’Ivoire. On y découvre 6 régions artistiques comportant autant de maîtres célèbres pour leur statuaire : les Gouro et les Baoulé au centre, les Dan à l’ouest, les Sénoufo au nord, les Lobi au nord-est et les peuples lagunaires au sud-est. Une véritable plongée au cœur des tribus de ce pays, magnifiquement illustrées par des cartes géographiques nous permettant de visualiser chaque région.

DES COULEURS VIVES ET INTENSES

On est frappé par les masques Zaouli du sculpteur Gouro, Sabou di Boti qui rafraîchissent l’espace de leurs couleurs vives et intenses. Un véritable picotement pour les yeux.
L’exposition présente aussi des artistes contemporains tels que Jems Robert Koko bi et son œuvre Diaspora II, 2013 posée en prélude de l’exposition.
On aime beaucoup ce regroupement en familles de ces artistes africains, auteurs de plusieurs chefs d’œuvres répartis dans les collections et musées du monde entier. L’exposition permet d’y voir un peu plus clair et donne du sens au travail fourni par ces artistes de l’ombre qui étaient de véritables Maîtres dans l’exécution de leurs œuvres.

Voici 5 bonnes raisons pour ne pas manquer cette exposition :
– Découvrez les différentes régions et peuples de Côte d’Ivoire, à travers cartes, récits et vidéos. Apprenez en plus croyances et pratiques sculpturales des peuples Dan, lagunaires, Baoulé, Gouro, Lobi, Senoufo.
– Le Musée Barbier-Muller dont certaines pièces sont présentées dans cette exposition est parmi les meilleurs au monde avec des objets exceptionnels d’une rare beauté.
– Coup de cœur pour l’Atelier de technique de sculpture : découvrez par étape comment se sculpte un masque sur du bois.
– Un cadre toujours aussi agréable. Découvrez une partie des œuvres de l’artiste Jems Robert Koko BI, « Ancêtres », dans les jardins du musée.
– Des événements autour de l’expo : Soirée Before du Quai Branly (24/04/15), visites contées de l’exposition (tous les dimanches à 15h jusqu’au 21 juin, sauf le premier dimanche de chaque mois et le 19 et 26 avril, 12 et 26 juillet).

 

Plus d’infos :
www.quaibranly.fr
37 Quai Branly, 75007 Paris