C’est lors d’un long séjour professionnel au Maroc que je découvre les Gnawas. Dans les hôtels ou sur la place Jemma El Fna, ils se donnent en spectacle. Leur chant lyrique exécuté par des chorégraphies stupéfiantes est très apprécié, acclamé et réclamé. Mais alors, je remarque qu’ils me « ressemblent un peu ». J’avais à peine 20 ans, je sortais de l’école et mes connaissances sur le pays sur lequel je restais 3 mois étaient très sommaires ou alors tournées uniquement d’un point de vue touristique. Je commence donc à me questionner « Gnawa », « Stimbali » ou « Diwan » selon que vous vous trouvez au Maroc, en Algérie ou en Tunisie. Ils sont une communauté noire répandue dans tout le Maghreb dont les origines remontes à la route des esclaves depuis l’Afrique subsaharienne (Sénégal, Ghana, Guinée, Soudan). Ils sont fortement implantés au Maroc où on les retrouve à Marrakech, Essaouira, Fès. Tantôt musiciens thérapeutiques ou confrérie religieuse populaire, les Gnawas ont suscité beaucoup d’interrogations de la part d’anthropologues au cours des 50 dernières années. Leur musique associée à leurs rituels auraient des origines communes avec le Vaudou, la Santeria cubaine et le Candomblé brésilien qui pour survivre ont dû se métamorphoser et adopter l’islam. Chaque année d’ailleurs à Fès, se déroule le Festival international Gnaoua et Musique du Monde consacré à leur musique « Gnaoui » au mois de juin. Des artistes internationaux sont régulièrement invités comme Youssou Ndour en 2005, ou encore Nneka en 2014. Le répertoire rituel des Gnawas est le fruit d’un mélange d’apports africains, de musique maghrébine (berbère) et de culture « maraboutique » (rite de possession). Les instruments utilisés sont le Guembri (luth-tambour à trois cordes) joués par le maître musicien (maâlem). Pour des raisons financières, les Gnawas du Maroc (qui ne sont pas tous des maâlems) sortiront du rituel afin de présenter leur musique à un public marocain plus large, s’inspirant de troupes acrobates que l’on peut voir en particulier place Jemmaa el Fna de Marrakech. Ils vont développer et inventer des acrobaties et enrichir leur tenue vestimentaire (habits chatoyants et coiffes avec un long pompon sur lesquels sont cousus des gris-gris ou petits coquillages blancs, les cauris) afin d’attirer, amuser et distraire le public.
Patrimoine immatériel riche né sur la route des esclaves, les Gnawas avec leur chant lyrique nous plongent dans un voyage au cœur de l’histoire, la leur, profonde et mystérieuse…

Jacqueline NGO MPII