L’histoire du marché aux puces

Le premier marché s’installe sur les fortifs de Saint-Ouen après la guerre de 1870 car c’est vers cette date que les chiffonniers de Paris chassés du centre de la capitale pour raison de salubrité publique, s’installent à St-Ouen sur la zone des « Malassis », terrain d’environ 300 mètres de large autour des fortifs de Paris, des Poissonniers à Montmartre. Vinrent ainsi se mêler aux roulottes des gitans, installés déjà depuis longtemps : biffins, crocheteurs, fripiers, chineurs qui deviendront ensuite brocanteurs et antiquaires.

Trois raisons ont engendré ce déplacement :

  • La décision du Préfet de Paris Eugène Poubelle (1884) de rendre obligatoire une boîte à ordure pour chaque maison parisienne empêchant ainsi les crocheteurs de faire leur beurre dans les caniveaux ;
  • L’activité nocturne et bruyante de la «biffe» gênant le confort douillet des parisiens ;
  • Malassis et sa zone de non droit, détaxée, située au-delà des barrières de l’octroi parisien.

Peu à peu, cette zone bien que non constructible, se peuple et se construit. Les baraques s’édifient et se rasent au gré des amitiés et des inimitiés, la terre d’alors appartient à celui qui la prend et qui, surtout, sait la garder.

La 1ère ébauche de marché se crée sur l’avenue Michelet à la sortie de l’octroi de Paris vers St-Denis. En 1884, le conseil Municipal comprend alors le besoin de règlementer ce site, mais les chiffonniers sont allergiques à tout impôt, à Paris comme ailleurs c’est culturel ! Avec l’arrivée du métropolitain en 1908, les brocanteurs ressentent le besoin et l’opportunité de se poser d’autant qu’ils n’en peuvent plus de déballer et remballer quotidiennement leur « charreton » D’où la naissance naturellement du concept de marché, chacun voulant disposer d’un local clos propre à lui. En 1920, Jules Vernaison créa le 1er marché en dur sur 13000m² & en 1925 ce fut la création du marché Biron sur 7000m², en 1938 le marché Jules Vallès sur 1500m² enfin en 1942 c’est au tour du marché Malik sur 3000m².

L’histoire des puces panache les petites et les grandes histoires, le bric, le broc, le hasard et l’opportunité. Ce déballage bousculait le grand Paris. L’exposition décomplexée de cette misère, qui n’en était pas vraiment une, dérangeait les habitudes bourgeoises. De la population des puces d’alors, singulier métissage des gens du voyage, crocheteurs de tous poils, artistes non conformistes, nobles exilés, ouvriers engagés, que reste-t-il ?

  • Le succès pérenne d’un marché mondialement connu, largement visité chaque week-end et considéré par la ville comme une marque importante et précieuse de notre histoire.
  • Les biffins, toujours là, vendant sur des cartons de Montmartre à Clignancourt, mais ils doivent maintenant courir plus vite que les « cognes » du temps béni des « hirondelles ».
  • Les gardiens du temple : manouches, diseuses de bonne aventure, fripiers, bonneteaux, bistrotiers, brocanteurs et antiquaires, dans une cohabitation singulière… mais séculière !
  • Les marchands de fringues neuves, vague déferlante des eighties, apportant une autre clientèle plus jeune et aussi quelques frictions entre les « installés » et les nouveaux venus… Preuve que l’histoire des puces est un éternel recommencement (comme le Mythe de Sisyphe).

La forte identité du marché aux puces ancrée dans la mémoire, a su préserver son âme et sa fantaisie, le succès populaire du Festival Jazz Musette l’atteste clairement.

Après la guerre, le lieu devient à la mode et une destination de promenade populaire ; de plus en plus de parisiens s’y rendent, le dimanche, pour découvrir des étalages d’objets hétéroclites disposés à même le sol.

Les puces aujourd’hui…

A la fin des années 1990 naît un projet d’aménagement urbain pour ce quartier. En 2001, le classement en zone de protection du patrimoine architectural Urbain et Paysager est obtenu pour l’ensemble du marché au titre de son ambiance et de son atmosphère inédites.

Aujourd’hui premier marché d’antiquités et de brocante du monde, le marché aux puces de Saint Ouen fait le bonheur des chineurs et des amoureux des balades originales. Avec plus de 2500 commerçants, les puces de Saint Ouen représentent à elles seules 11Km et regroupe au total 14 marchés

4e site touristique de France, il accueille 11 millions de visiteurs par an

Bonne visite !

S’y rendre :

Métro : Ligne 4, Porte de Clignancourt
Métro : ligne 13, station Garibaldi

Plus d’infos : http://www.tourisme93.com/document.php?pagendx=74

 

Honorine Goueth, contributrice