Little Africa a visité l’exposition qui se tient en ce moment même en l’honneur de la photographe franco-marocaine Leila Alaoui à la Galleria Continua de Pékin, une première en Chine. Le travail de l’artiste, décédée à Ouagadougou en 2016, explore les thèmes de la construction de l’identité, la diversité culturelle ainsi que la question migratoire en Méditerranée. C’est à la Galleria Continua, située au 798 (pinyin : qī, jiǔ, bā), un ancien complexe industriel devenu le quartier des arts de Pékin, que sont exposées les œuvres de l’artiste. En novembre dernier, on a beaucoup parlé de cette galerie qui représentait Susana Pilar l’artiste cubaine aux racines sino-africaine à la Foire AKAA et que l’on retrouve en France (Moulins), à Cuba (La Havane), en Chine (Pékin) et en Italie (San Gimignano). Ouverte au public depuis le 23 mars dernier, l’exposition « Ya Rayah », « Ô toi qui pars » en écho au chant d’exil algérien de Dahmane El Harraci, rassemble un ensemble de projets qui ont chacun trait singulièrement au continent africain.

On est comme embarqué dans un parcours initiatique et migratoire débutant au Maroc avec le projet « No pasara » qui aborde la question du durcissement des politiques migratoires européennes ainsi que leur impact de l’autre cote de la Méditerranée sur des jeunes Marocains en proie à un avenir meilleur imaginé en Europe.

Leila Alaoui – No Pasara – Series 2008, Lambda print mounted on Dibond, 73 x 102 cm. Photo: Dong Lin

Le travail de la photographe touche à la diversité culturelle marocaine notamment au travers d’une installation monumentale s’intitulant « les Marocains ». Celle-ci fut déjà présentée au siège français de la Galleria Continua, aux Moulins en 2016. Un hommage à tout un peuple libéré du cliché orientaliste rendu par la photographe dont le voyage à travers le pays résonne également comme une quête de sa propre identité.

Leila Alaoui – Les Marocains – Series 2010-2014, Inkjet print on wall paper, Site specific dimension. Photo: Dong Lin

 

« Crossings » raconte l’expérience des migrants subsahariens qui s’aventurent dans un séjour périlleux afin d’atteindre les côtes de l’Europe. Trois vidéos mettent en exergue le traumatisme collectif provoquée par la traversée des frontières et la vie en communauté au sein d’une nouvel environnement. L’installation réalisée après des semaines de recherches au Maroc, tend à approcher le concept d’une Europe comme utopie problématique dans l’imaginaire africain.

Leila Alaoui – Crossings 2013, Lambda print mounted on Dibond, 100 x 150 cm. Photo: Dong Lin

Leila Alaoui – Crossings 2013, Lambda print mounted on Dibond, 100 x 150 cm. Photo: Dong Lin

Signe de ce monde un peu plus connecté : l’histoire de l’immigration africaine en France se retrouve racontée et visibilisée sur les écrans de Pékin. Le mini-métrage « L’Ile du Diable » se soucie en effet des travailleurs immigrés des anciennes usines Renault de l’Ile Seguin à Boulogne-Billancourt, où en janvier 2017 a été annoncé un projet visant à bâtir un pôle artistique et culturel au même emplacement. La vidéo permet de retracer l’expérience des premières migrations vers la France de l’après-guerre. Ce projet inachevé portraie la première génération de travailleurs migrants qui revient en 2015 sur le site industriel afin de raconter leurs aspirations, leurs luttes sociales pour défendre leur droits et dignité, elle évoque aussi la montée du Front National. Inachevé car il aurait dû comporter les témoignages des jeunes générations issues de l’immigration.

 

Leila Alaoui – L’Île du Diable 2015, Single channel video, 6 minutes. Photo: Dong Lin

Vous pouvez compter jusqu’au 5 juin pour découvrir l’exposition, notamment soutenue par la Fondation Leila Alaoui qui s’engage à faire perdurer la mémoire et les valeurs de l’artiste tuée au cours d’un attentat au Burkina Faso.

 

 

Dashanzi Art District 798 #8503, 2 Jiuxianqiao Road, Chaoyang Dst.
100015 Beijing
Ouvert du mardi au dimanche de 11 heures à 18 heures