Voici maintenant un mois que j’ai été invité à l’inauguration de la nouvelle exposition du Musée Dapper : l’Art de Manger. Ayant assisté plus tôt dans l’année à l’exposition Initiés, une expo très riche dont je suis sortie transformée et enrichie d’un brin d’initiation, l’Art de Manger lui m’a laissé songeuse. En effet, le postulat est donné d’entrée de jeu avec les œuvres du franco-béninois Julien Vignikin. Le Dîner de Fantômes, une œuvre contemporelle mystérieuse, une table immense cloutée avec pour seule hôte,Personne. L’assiette et le siège sont vides. L’auteur nous invite à nous interroger sur ce monde bipolaire dans lequel nous vivons : surconsommation (Nord) et malnutrition (Sud). D’emblée, on sait déjà que ce qui va suivre dans cette exposition n’est guère une simple contemplation des objets et ustensiles dans « l’Art de Manger », mais bien une réflexion sur la Nourriture. Pourquoi mange-t-on ? A quelle fréquence ? Comment ? Quoi ?
De l’Afrique à l’Océanie, un mix de cultures, deux régions opposées géographiques mais qui se rejoignent dans les rites et les traditions liés à la préparation de nourritures destinés à eux mêmes ou aux êtres de l’autre monde.
Ce dernier point nous rappelle la dimension très spirituelle des œuvres qui nous sont présentées ici. Jarres, pots, cruches, cuillers, calebasses, coupes et autres récipients sont avant tout conçus et destinés à recueillir une offrande qui sera l’objet de leur miséricorde auprès des êtres de l’autre monde. Une offrande faite de nourriture un peu particulière : sang, peau, pattes, viscères, plumes, alcool, chair humaine). Admirez-les donc avec d’autres yeux…
Cependant rassurez-vous, parfois il s’agit d’une simple offrande faite de noix de Kola comme chez les Yoruba (Nigeria) par exemple, afin de communiquer avec les divinités, ou les ancêtres. Et justement, au lendemain de la fête d’Halloween/Toussaint, ceci est non sans nous rappeler que le Mexique fête lui ce jour là, la Fête des Morts où les mêmes pratiques d’offrandes aux défunts peuvent être observées.
A l’heure de la mondialisation avec des modèles de restauration de plus en plus « Fast » importés ici et là, une surconsommation effrénée (1,3 milliard de tonnes d’aliments jetés/an), cette exposition nous laisse comme un goût amer dans la bouche. L’amertume d’une prise de conscience réelle des valeurs que nous accordons de nos jours à ce besoin physiologique qui est de se nourrir et de nourrir les autres. Un besoin qui devient sans doute un Art, lorsque l’on transgresse ce besoin premier en lui conférant une dimension spirituelle, étique, voire de bien-être…
Le Musée Dapper a mis en place un audio-guide via une application disponible prochainement. Pour la geek que je suis, ceci fut très apprécié et permet de mieux appréhender le sens et le contenu de cette exposition.
Je vous invite à vous faire votre propre idée. L’expo est à découvrir jusqu’au 12 juillet 2015.

Jacqueline NGO MPII