LAMYNE M. HABILLE LES REINES DE FRANCE EN WAX

 

En visite un dimanche matin dans la ville de Saint-Denis, nous avons pu découvrir une exposition unique en son genre : « Les Grandes Robes Royales » par Lamyne M., un artiste et styliste camerounais résidant à Saint-Denis.

Ce fut l’occasion pour nous de faire une plongée dans l’histoire française et faire la lumière sur une ville pas toujours bien vue.

 

Saint-Denis, la malicieuse et la privilégiée

Saint-Denis, c’est le département populaire par excellence. Souvent montré du doigt lorsqu’il s’agit d’immigration, de voitures brûlées, de refuges des terroristes, d’émeutes, de vols, de drogues. Ce serait même une « NO GO -ZONE », comme le titrait la chaîne américaine Fox News en janvier 2015 lors des attentats parisiens. Et pourtant Saint-Denis ce n’est pas que cela.

Saint-Denis, avec sa Basilique de style gothique, est la plus grande nécropole royale d’Europe avec 42 rois et 32 reines de France: François 1er, Louis XVI et Marie Antoinette, Henri II et Catherine de Médicis, le roi Dagobert, les gisants des rois Clovis. Et pourtant, c’est le dernier site le plus visité dans le classement des grands monuments français.

 

L’exposition qui offre un dialogue des cultures

Les Grandes Robes Royales est bien plus qu’une exposition, bien plus que des tissus africains qui entrent dans l’un des lieux les plus sacrés de France, la Basilique Saint-Denis, qui abrite les tombeaux des rois de France. Elle est tout un symbole.

Après Beauté Congo à la Fondation Cartier qui fait entrer des artistes populaires congolais au cœur du luxe français, et cette exposition qui fait entrer la culture africaine à travers ses tissus remplis de symboles et de significations au cœur du pouvoir français (la royauté et fusse un temps la religion), on comprend aisément en quoi la France est un pays unique à bien des égards. On comprend et ressent cette liberté d’expression et cette ouverture à l’Autre qu’étaient venus chercher les noirs américains, les exilés d’Europe, les étudiants africains, les réfugiés. Il n’y a qu’en France qu’il est possible de voir cela.

Lamyne M. à travers cette exposition, interroge des œuvres du passé pour leur offrir une nouvelle vie en résonance avec l’environnement de Saint-Denis. Ces œuvres du passé, ce sont les « Gisantes », ces sculptures mortuaires de l’art chrétien représentant un personnage allongé. L’artiste a trouvé le tissu social permettant de les unir à l’environnement très cosmopolite qui entoure la basilique Saint-Denis de nos jours. C’est à travers le vêtement, un indicateur social puissant depuis toujours que l’artiste a trouvé son inspiration.

 

Les robes

En une collection de 13 robes dont 8 au sein de la basilique, Lamyne M nous livre une interprétation unique des robes de reines et princesses françaises. Elles sont désormais parées de tissus actuels : wax, sportwear, tissus d’apparat du Maghreb, tissus chinois, denim, Jersey, Sergé, Nylon. Mais elles gardent leurs structures d’origine, drapés avec leurs plis inspirés des vêtements médiévaux. Hautes de trois mètres, elle se prosternent telles des gardiennes qui continuent d’irradier de leur puissance. L’artiste rend hommage à la grandeur des femmes.

 

Les huit robes au sein de la Basilique:

  • La robe en Wax, gisante Jeanne de Bourbon (1338-1377) : fille de Pierre Ier, duc de Bourbon. Son vêtement est composé d’une cotte, la robe du dessous, d’un surcot, d’une cape. Les tissus utilisés pour la confection de ce vêtement ont quatre provenances différentes : du wax hollandais, et du bazin allemand pour la cape, du wax thaïlandais pour la cotte et du wax indonésien pour le surcot. Les tissus portent un nom donné par les femmes africaines qui les vendent, lié à la quantité de tissu vendue. Celui de la cape se nomme « l’œil de ma rivale », le wax à losange fuchsia cerné de jeune est appelé « jalousie ».
  • La robe en Bazin rouge, gisante Constance de Castille (1136-1160) : Infante de Castille, elle est la fille d’Alphonse VII, roi de Castille et de Léon. Le surcot de bazin rouge brillant est relevé sur la robe en wax et forme un plissé, comme certaines images médiévales représentant la reine. Le Bazin est un coton damassé fabriqué en Europe. Wax signifie cire en anglais. Ce tissu africain d’adoption, est recouvert d’une cire végétale protectrice. Il s’inspira des batiks javanais ramenés au XIXeme siècle par les Ghanéens au service des Anglais et des Hollandais
  • La robe en Denim, gisante Blanche de France (1328-1393) : elle est la fille posthume du roi Charles IV le Bel. La cotte est un blouson bleu en sweat-shirt avec capuche, symbole de la jeunesse. Le surcot en jean gris est orné d’un motif décoratif de feuilles de laurier surmonté d’une couronne et d’un ajout réalisé de reliquats de cuir formant le nombre 93.
  • La robe en costume, gisante Isabelle d’Aragon (1247-1271) : fille de Jacques Ier, roi d’Aragon, elle devient reine de France en 1270 par son mariage avec Philippe II le Hardi. La robe est constituée d’un plastron court cousu de cols et de poignets de chemises, et la cotte en coton est réalisée en tissu gris utilisé pour les costumes d’hommes. Cette robe fait référence aux hommes en col blanc qui travaillent la journée à Saint-Denis, quartier de la Plaine Saint-Denis, 2ème centre d’affaires français après la Défense et pourtant ne tiennent pas compte du quartier, de ses habitants, de ses commerçants.
  • La robe en Jersey, gisante de Frédégonde (545-597) : la troisième épouse de Chilpérie Ier est une figure marquante de la période mérovingienne. La cotte orange est en jersey de coton pour sweat-shirt et laisse apercevoir la cotte de dessous pourpre. Saint-Denis, est le département où les ventes de T-shirt sont les plus importantes en Europe.
  • La robe à échancrures, gisante Jeanne de France (1351-1371) : elle est la fille posthume du roi Philippe VI de Valois. Le surcot court avec échancrures et la cotte sont en tissu tchadien bleu marine et rouge bourgogne. C’est vers 1350, qu’apparaît le surcot court. Les broderies sont caractéristiques du Moyen-Orient. La frise brodée sur le bas de la cotte est inspirée des broderies libanaises.

L’exposition « Les Grandes Robes Royales » est exceptionnelle en son genre puisqu’elle lie le pouvoir royal au peuple, la France aux cultures du monde, les morts aux vivants.

 

 

Exposition du 9 Octobre 2015 au 10 Juin 2016

1 Rue de la Légion d’Honneur, 93200 Saint-Denis

 

Jacqueline NGO MPII

 

Plus d’infos :

www.lamyne-m.com
Visites guidées: prochainement avec Little Africa.
http://www.tourisme93.com/basilique/

Accès:

1 Rue de la Légion d’Honneur, 93200 Saint-Denis
Crédits photo: Aiman SAAD