L’Afrique, phare du monde dans Lumières d’Afriques

Rendez-vous compte, l’Afrique est le continent le plus ensoleillé de la planète et pourtant à la nuit tombée, il manque cruellement de Lumière. « Comment est-ce possible ? » , voici la question que s’est posé le photographe nigérian Emeka Okereke qui participe à l’exposition.

Mais ce fut aussi le cas de la commissaire de cette exposition, Gervanne Leridon. C’est en survolant l’Afrique sur un long vol entre l’Europe et l’Afrique du sud que Gervanne Leridon, co-présidente d’AAD (African Artists for Developpement) à l’origine de cette exposition, a été frappée par cette obscurité qui s’empare de l’Afrique à la nuit tombée.

L’Afrique serait donc cette forêt sombre sur la planète terre. Une forêt à laquelle on aura rattaché de nombreuses histoires et légendes, pas souvent flatteuses, voire même désastreuses pour son image et son développement. Depuis quelques années pourtant, elle est sous le feu des projecteurs. On parle d’elle comme d’un nouvel Eldorado. De partout on y va tenter sa chance, lui faisant la cour comme à une jeune demoiselle. On parle d’elle comme étant la nouvelle Chine, on y voit et constate une croissance phénoménale, et même une « surchauffe » pour reprendre les propos de Fatou Diome lors d’une intervention télévisée cette année. A la fin du siècle, 40% de la population mondiale sera africaine. C’est certain, l’Afrique est à l’aube de son siècle des Lumières. C’est en tout cas, la réflexion que propose l’exposition Lumières d’Afriques.

L’Afrique, une étoile solaire parmi les astres

Ce continent à l’histoire millénaire depuis l’Antiquité, berceau de l’humanité a été pendant longtemps le cœur du monde. Il semblerait que le monde soit en train de s’en ressouvenir. Et nous en sommes ravis. Cette auréole qui l’entourait autrefois au temps des pharaons, est en train de reprendre sa place à tel point qu’elle illuminera de nouveau le monde par ses idées, sa culture et sa population. Cette place centrale et rayonnante on la retrouve dans les œuvres des artistes Aston et Hervé Youmbi par exemple. L’artiste béninois Aston, dans son oeuvre « Wesiva », qui veut dire la clairvoyance, la vision, la lumière, lʼexpérience, il y a représenté une carte du monde avec un soleil au milieu de l’Afrique, placée au cœur du monde elle aussi. Signification ? Et si le soleil venait toujours de lʼAfrique, le monde serait illuminé par ses rayons et sa population disséminée à travers le monde. Le camerounais, Hervé Youmbi présente quant à lui une œuvre numérique, une projection qui illustre également une Afrique phare du monde.

 

Une exposition inédite

Lumières d’Afriques, est une exposition inédite, puisque pour la première fois, 54 artistes africains contemporains, issus des 54 états qui composent le continent, sont réunis autour d’une thématique, celle de la Lumière. Un cahier des charges leur a été imposé et ils y ont répondu volontiers exprimant comme toujours leur créativité et inventivité sans limites.

Lumières d’Afriques, c’est la réflexion de plusieurs artistes, sur la lumière en tant que symbole dans leurs esprits, en tant qu’énergie vitale dans le quotidien de millions d’africains et surtout comme enjeu crucial d’avenir. C’est aussi le constat amer des artistes que la lumière est un droit auquel beaucoup n’ont pas accès. Un paradoxe lorsque l’on s’imagine que le continent africain est le plus illuminé sur le plan solaire. On retrouve ainsi cette thématique dans le travail de l’artiste Arturo Bibang de Guinée Équatoriale dans son œuvre Puerta Illuminada (Porte illuminée). Des cabanes sombres, une ville plongée dans le noir avec pour seule lumière une lampe à pétrole, une ampoule au coin du mur. Des situations devenues banales et que dépeignent à merveille les oeuvres de Leslie Lumeh « The Light Within » (Libéria), de Emeka Okereke « Light Switch » (Nigéria), Tété Camille Azankpo « Ma lanterne » (Togo). On en deviendrait même presque figé et pétrifié comme le souligne la photographe Dijboutienne Maan Youssouf Ahmed dans son tryptique « Not There Yet ».

 

Des alternatives proposées : le recyclage

Souvent en Afrique, il n’ y a que des solutions. Avec peu ou pas du tout de moyens, l’inventivité est toujours au rendez-vous.

On est frappé par la créativité et l’inventivité dont font preuve les artistes africains sur cette thématique de la lumière. L’accès et le droit à l’énergie sont un problème en Afrique. Est-ce pour autant qu’il faille rester inerte ? Le recyclage apparaît comme une des solutions pour pallier à ce manque.  Cyrus Kabiru, artiste kényan mondialement connu pour avoir entamé un travail de transformation remarquable des déchets de sa ville, notamment avec ses lunettes sculpturales C-Stunners, présente ici Alternative / Solution. Il s’agit d’une bicyclette obtenue à partir de la re-disposition dʼobjets trouvés, et transformée en moulin à vent qui, dʼaprès lʼartiste est « la solution aux problèmes énergétiques en Afrique ». Autre cas de figure, l’artiste Gonçalo Mabunda qui détourne les armes de guerres pour en faire des trônes, des masques, et des totems.

La réflexion des artistes sur cette thématique est également l’occasion d’aborder des faits de société. L’accès à la lumière est difficile mais que fait-on du peu à notre disposition ? Le photographe Nyaba Léon Ouendraogo s’interroge par son œuvre « Génération C : connexion, communication, culture et création ». L’artiste tente de dépeindre une jeunesse en quête de sensation, de rêve, jouant aux jeux vidéos et regardant la TV. Ce n’est pas une Afrique malade de son électricité mais bel et bien une Afrique connectée qui s’évade de son quotidien parfois difficile comme on peut l’apercevoir sur l’oeuvre d’Arturo Bibang   » Puerta Illuminada « . Cette jeunesse est le symbole du futur de l’Afrique.

 

L’exposition Lumières d’Afriques irradie cette fin d’année 2015 par son originalité, sa fraîcheur et sa générosité. Elle est à découvrir jusqu’au 24 novembre au Théâtre Chaillot et elle est gratuite. Des visites guidées gratuites ont été mises en place, les prochaines dates ici.

 

Lieu:

Théâtre Chaillot
1 Place du Trocadéro, 75016 Paris

Jacqueline Ngo Mpii