Unvergleichlich: Kunst aus Afrika im Bode-Museum
27.10.2017 bis auf weiteres im Bode-Museum
© Foto: David von Becker

Depuis la fermeture du musée ethnographique de Dahlem à l’été 2017, une fine sélection d’objets de la collection d’art africain sont revisitées au coeur de l’île des musées berlinois au Bode Museum, musée spécialisé dans la sculpture européenne de l’antiquité jusqu’au 19ème siècle. À deux pas se trouve le projet de construction controversé du Humboldtforum, qui accueillera dans un nouveau contexte architectural et muséographique en 2019 l’intégralité des collections d’art des cinq continents. Dans l’attente de leur mise en valeur – ou encore de leur restitution postulée par les adversaires du projet – c’est dans un dialogue avec les oeuvres du Bode Museum qu’elles vous surprendront.

Il y a-t il un sens à faire une comparaison et des rapprochements entre ces oeuvres? Que signifie ce besoin de comparaison? L’exposition „Unvergleichlich: Kunst aus Afrika im Bodemuseum“ (Incomparable: Art d’Afrique au Bode Museum) joue avec les mots en allemand entre extraordinaire“ et impossible de comparer“. Le parcours construit autours des thématiques matériaux“, performance“, féminité & genre“ et esthétique“ amène le visiteur d’approcher les juxtapositions de ces oeuvres dans cette perspective. Dans un premier hall, nous rencontrons un couple de deux bronzes : une princesse ou déesse béninoise datant du 17ème siècle, et l’autre, un chérubin masculin de Donatello dédié à l’ancien, Kaiser-Friedrich Museum“. Par leur numéro d’inventorisation, ces deux sculptures abordent le statut qu’elles avaient en rentrant dans leurs collections respectives à la même époque en Allemagne, et ce qui se passe en termes de valorisation culturelle, quand un objet est attribué à un musée ethnographique ou des beaux arts.

Nous descendons les marches entre un léopard en bronze du Bénin et son homologue de Basse-Saxe, pour rencontrer un maitre Luluwa d’une qualité esthétique subjuguante. Puis, deux couples – l’un d’ancêtres Dogon collecté par Leo Frobenius et l’autre de Jesus aux côtés de Saint-Jean – abordant le thème du genre. Une figure d’ancêtre du Maître Buli, elle aussi de qualité esthétique exceptionnelle, est portée en exemple pour la rare attribution de nom d’auteurs pour les sculptures venant d’Afrique. Comme le postule l’historien d’art Roy Siebert, les noms d’artistes étaient souvent connus, mais les marchands et fonctionnaires coloniaux n’y portaient souvent pas d’intérêt. Au sein de cette composition
de sculptures le travail photographique de Nomusa Makhubu (Le Cap) nous guide vers une approche contemporaine de la réflexion, les regards et les (in)comparaisons portés sur l’art.

Elaborée par une équipe de six commissaires, Unvergleichlich: Kunst aus Afrika im Bodemuseum accroche notre regard aux formes et questionne les parcours des objets indiquant un pédigrée parfois complet, parfois fragmenté. Elle montre également jusqu’à quel point une équipe d’expert peut porter un regard critique sur la vie et le futur de ses collections. Elle donne envie de revenir, de se plonger encore plus loin dans ces formes, entre un buste de jeune femme florentine et une guerrière inconnue du royaume béninois.
À voir absolument!

 

Katharina Stilo, contributrice journaliste Art plastique africain & musicologie. Basée à Berlin

du 27.10.2017 jusqu’à l’ouverture du Humboldtforum