Au commencement, il y avait un A comme la première lettre de l’alphabet. Alif est la traduction littérale de cette lettre A en arabe mais aussi le nom d’artiste que Abdou Kebe, jeune sénégalais de 35 ans a choisi. Alif comme première lettre de l’alphabet mais attention, il n’y a derrière cette initiative aucune prétention, juste la réflexion profonde d’un homme sur lui-même et le constat un jour d’avoir une histoire à raconter avec cette lettre qui le suit partout. A comme son prénom Abdou, une évidence…mais il y a aussi A comme la 2ème ville où l’artiste a vécu le plus longtemps, Addis Abeba (nouvelle fleur), A comme son quartier à Dakar « la Zone A », A comme le bâtiment et l’escalier où il vivait en banlieue parisienne (bâtiment Aurore A), et enfin,

« A comme L’Afrique à laquelle je suis éternellement lié ».

Alif King dessine depuis toujours mais ce n’est que depuis 3 ans que le jeune homme décide de se lancer comme artiste. Son talent ? Le dessin au stylo Bic. Une activité à laquelle on s’est tous adonné sur les bancs de l’école pendant un moment d’ennui ou une heure de colle ! Mais nous ne sommes pas tous devenus artistes pour autant ! Nous n’avons pas tous reproduit des figures des stars du hip-hop, des personnages mythologiques ou imaginaires à la perfection jusque dans les moindres détails…avec ce fameux stylo BIC.

Un attachement profond à ses racines

L’artiste, travaille ardemment pendant des jours et des semaines s’appuyant sur des recherches historiques et photographiques afin de créer un personnage hybride, fruit d’un cocktail que Alif King a savamment préparé pour nous. Et justement l’Afrique n’est jamais très loin, surtout le Sénégal d’où il tire sa plus grande inspiration. Prenons par exemple une de ses réalisations : Thiedo/Tiédo/Ceddo. Elite de l’armée de différents royaumes du Sénégal, équivalent du samouraï japonais de par le rôle, la place, le rang social, la dureté au combat, le code d’honneur, l’attachement aux traditions, etc. Ils étaient de grands cavaliers et résistants de l’Ère coloniale. Alif King a passé du temps pour construire le personnage, sa coiffe, ses accessoires, ses attributs. Attributs très prononcés qui reviennent souvent dans ses personnages. On pense notamment à son œuvre Simb. Un personnage de la mythologie sénégalaise qui a défié un lion mais qui resta habité par ce dernier. Une cérémonie traditionnelle au Sénégal porte d’ailleurs le même nom en hommage à ce personnage légendaire. Alif King nous démontre par là son attachement à ses racines et à l’histoire de l’Afrique dont il ne cesse de partir à la découverte.

« Je vais à la découverte du monde et à la conquête de moi-même, au rythme du chant des esprits et non là où les étoiles m’emmènent ».

Plus qu’une quête évidente donc de ses origines, Alif King est d’abord à la recherche de lui-même en tant qu’homme, explorant divers univers d’inspiration (hip-hop, mythologie, fantastique, environnement). Et c’est ce qui est intéressant dans le travail de Alif King qui utilise deux outils généralement snobés par les artistes : un bic et une feuille blanche. Mais l’exécution pour parvenir à un travail abouti, n’en reste pas moins complexe.
L’artiste expose très peu pour le moment, parfois dans des lieux intimistes comme la Favela Chic. Mais son talent n’a pas manqué de susciter des appels à collaboration. Deux marques de street-wear, Liste Noire Paris et African Armure ont fait appel à lui récemment pour une collection inspirée de ses dessins.
« Ceci n’est que le début, j’ai encore pleins de choses à montrer », nous dit-il.

L’artiste qui a vécu dans 3 pays différents, le Sénégal, la France et l’Ethiopie, est un homme libre qui tente de créer un pont entre les cultures et les civilisations. Nous ne pouvons qu’accepter d’emprunter ce pont dont le cheminement et l’arrivée promettent de nombreuses surprises. En tout cas, c’est tout ce que nous lui souhaitons !

Jacqueline NGO MPII

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